Le Four du Croisic

Le Four du Croisic, phare situé en Loire Atlantique, au large du port du Croisic. Petite cité situé sur le littoral au nord de la ville de Saint-Nazaire et au sud de La Turballe. Vous me direz, pourquoi celui-là ? Très simple, deux raisons à cela. La première, aux dires des experts, il serait le premier phare construit en mer. Non, ce n’est pas Cordouan, dont on nous rabâche les oreilles avec le blabla des « gens qui savent ». J’ai les mêmes dans mon bistrot de village. Le phare de Cordouan bien qu’antérieur de construction, l’était sur un îlot, la présence d’un village y est attesté sur une charte de l’an 1409. La deuxième raison est que, ce phare est rattaché à un évènement d’actualité, à savoir le navire Hermione. Je dirai plutôt sa réplique, car l’original justement gît à l’est de ce phare depuis, le 20 septembre 1793 à 18h30. Cette précision vient de l’excellente revue de marine, « Chasse-marée » de ce mois-ci (avril 2015). D’autres raisons bien sûr, il se situe pas loin de chez moi et il très rarement, voir jamais animé par des opérateurs Radio-Amateurs, mais cela sera l’objet d’un autre article.

Four du Croisic

Four du Croisic

L'hermione et Chasse Marée

L’Hermione, bataille de Louisbourg, 1781, Chasse Marée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Revenons à l’histoire de ce phare et sa genèse. Au 18ème siècle le trafic maritime dans l’estuaire de la Loire est intense. Le souci est l’absence de balisage pour aborder les côtes et donc une quantité importante de naufrages. Face à ces conséquences dès 1551, au Havre-de-Grâce, le roi Henri 2 impose la présence d’un pilote pour entre et sortir des ports. Mais ce métier n’est pas structuré et les compétences de ces derniers est souvent lié à leur expérience maritime, longue, courte, voire inexistante.La profession acquiert ses lettres de noblesse sous la gouvernance de Colbert. Il veille à ce que dans chaque port, un groupe de marins expérimentés assurent le service. Pour devenir pilote il faut, être âgé de plus de 25 ans, avoir des connaissances en construction de navires, en navigation, des bancs de roches ou de sable, courants marins etc…Dès 1584, une certification est passée en présence d’un jury composé de, deux anciens maitres et un amiral ou, ses lieutenants.

Tout cela est bien beau mais, toute médaille a son revers. L’appât du gain est le plus important et certains pilotes vont de plus en plus loin cherché des navires à piloter. Ils ne sont pas toujours de bons conseils et les naufrages se multiplient.

Le 14 mars 1770 le navire « L’Afrique », venant de Belle-ile s’échoue sur le plateau du Four, par la faute du pilote. Six ans plus tard, le « Solide » partie de St Domingue s’échoue au même endroit. Là encore le pilote, Pierre Le Goff embarqué aux Glénan est mise en cause.Il finira en prison. Les fautes sont aussi rejetés sur les capitaines de ports, quand il y en a un.

A l’heure ou le trafic maritime s’intensifie, il faut moraliser ce métier. Une première tentative sera tentée sous la révolution avec les lois des 21 et 22 août 1790, puis celles du 17 août 1792. Finalement Napoléon signera un décret réglementant le service de pilotage, qui restera la base de la charte de cette profession jusqu’en 1928.

Mais ce cadre réglementaire ne résoudra pas tous les problèmes. Le 20 septembre 1793, l’Hermione navire de guerre français, qui amena La Fayette aux USA avec son commandant, le Comte Lattouche de Tréville et qui livra maintes batailles à Boston, Philadelphie, Newport et la baie du Saint-Laurent, appareille de Mindin pour une mission vers Brest. Il s’échoue sur le « Plateau du Four le soir même. Une voie d’eau se déclarait à 19h00 et le navire donnait « une bande considérable ». Autour de la coque et il n’y a que 4 pieds d’eau. Le pompage de l’eau ne donne rien. 22h15, marée basse, le navire se couche sur le flanc tribord et malgré le rejet à la mer des douze canons et d’un ancre à jet, malgré cela rien y fait. Le navire sera abandonné par l’équipage le lendemain matin 10h00. Le pilote qui avait pris une marque pour une autre sera emprisonné.Ce navire de guerre de 44,27m de long et 65mètres hors tout, 11,24 m de large. Capacité de charge 1058 tonneaux et à pleine charge avec l’artillerie 1200 tonnes. Une voilure de 900 à 1200 m²  suivant la route.

Construit à Rochefort en décembre 1778, il a nécessité 1160 stères de chêne, 200 stères de résineux, 35 tonnes de fer et 15 tonnes de chanvre. Il fût lancé le 28 avril 1779 et possédait 26 canons de 12 livres ainsi que 8 canons de 8 livres.

Le 05 novembre 1807, le navire hollandais « Hoop de Kinphausen » s’éventre sur la rivière de Tréguier suite à une dispute entre deux pilotes. A Saint-Nazaire, dès qu’un naufrage survient dans l’estuaire,  automatiquement le pilote est inculpé. Cela permet aussi à l’État de se désengager de ses responsabilités.

 La pression monte, le port de Nantes est un des premiers de France en tonnages transités, de part le commerce avec les Antilles. Commerce de « Droiture » et commerce « Triangulaire » additionnés. Les demandes de sécurisation de l’estuaire date de 1747, faites par un ingénieur hydrographe sous les ordres du Duc de Penthièvre, mais elles resteront vaines par manque de crédit.

Le Four du Croisic côté Sud-Ouest

Le Four du Croisic côté Sud-Ouest

La réplique en 2015

La réplique en 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après les capitaines de ports, marins et chambre de commerce, rien n’y fait, l’écueil le plus dangereux de l’estuaire de la Loire n’est toujours pas balisé. Ils réitèrent leur demande auprès du ministère de l’intérieur après un énième naufrage, celui du « Balaou » venu de Charleston. Enfin en 1816 est pris la décision d’édifier un ouvrage, suivra 4 années plus tard la tourelle des « Brillantes ».

L’édifice tronconique à empattement, sorte de pied d’éléphant s’elève enfin dans le ciel. C’est un copie du phare écossais de « Bell Rock », alors réputé en Europe. Il est inauguré en 1822. L’on appelle aussi ce type de phare, « Tour Trompette » reproduit sur nombre d’autres phares comme, Chauveau (1842), les Baleineaux (1854), les Barges (1861), la Banche (1864), le Grand Chapentier (1887) etc…

Le Four du Croisic et une partie de sa digue

Le Four du Croisic et une partie de sa digue

Pied d'éléphant du Four du Croisic

Pied d’éléphant du Four du Croisic

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Autre chose intéressante, à la fin de sa construction,l’on s’apercevra que ce phare est bien trop important au regard de son utilité. Dans le même temps les travaux de Beautemps-Baupré célèbre hydrographe prouveront que le plus logique et facile est l’arrivée sur St Nazaire se situe près du banc des Charpentiers, en plein estuaire.A cette époque un banale perche en bois de 17 mètres balise le banc de rochers du même nom.

Plus tard suivront les constructions de « la Banche » et du « Grand Charpentier ».

Donc pour « Phare  du Four », la situation au large du Croisic, Latitude 47° 19′ 7 N et Longitude 002° 38′ 1 W. Pour les Radio-Amateurs et Amateurs Radio le Locator IN87QH. La tour d’une hauteur 17,64 mètres, l’embase d’un diamètre de 10 m se terminant au somment à 5,64 m. Ré-haussé quelques années plus tard de près de 8,30 mètres.

Le Four du Croisic

Le Four du Croisic

Le Four du Croisic

Le Four du Croisic

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans les années 1890 l’administration par le  biais du service des phares et balises décide d’engager une campagne de signalisation maritime et de peinture de tous les amers et donc « Les phares » n’y échappent pas. Le beau granit du Four et de la Banche extrait des carrières du village de Batz sur mer ne va pas échapper au badigeonnage sauvage. Il sera barbouillé d’abord en blanc en 1884, puis avec des bandes noires et blanches obliques en 1935. Ceci malgré les vives protestations de certains.

Le Four à Basse mer coefficient 65

Le Four à Basse mer coefficient 65

Le Four à Basse mer coefficient 65

Le Four à Basse mer coefficient 65

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autre date, le 19 octobre 1940 comme beaucoup de phares du littoral français, le Four du Croisic aura son optique déposée et donc éteint jusqu’en 1945.

Son secteur blanc à 360° illumine toujours le secteur, il a une portée de 18 miles nautiques. 1 feu à éclat blanc toutes les 5 seconds.

Son combustible, en 1822 de l’huile végétale. En 1904, de la vapeur de pétrole et sera électrifié et automatisé en 1983 à l’aide d’un aérogénérateur.

Tiens ! La revoilà

Tiens ! La revoilà

Il va être temps de plier bagages

Il va être temps de plier bagages

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Merci d’avoir lu cet article, pour les Radio-Amateurs  désirant activer ce phare cliquez ici.

atoltTintin, Haddock et Milou à Saint-Nazaire